Une œuvre monumentale en hommage aux insurgés de 1870

Le Samedi 23 Novembre 2019 au Polygone Desclieux, la Collectivité Territoriale de Martinique a inauguré l’installation d’une œuvre d’art dans l’espace public, l’œuvre monumentale de Christian Bertin intitulée « 1870-1871 ».

La commémoration des temps forts de notre histoire fait partie des axes prioritaires de la politique culturelle de la Collectivité Territoriale de Martinique.

Comme l’a précisé le Président du Conseil Exécutif, « Cette inauguration officielle est une reconnaissance et un legs pour les générations actuelles et futures. Car se souvenir, commémorer, c’est s’enraciner pour de nouvelles germinations. »

C’est ainsi que lors du Conseil Exécutif du 12 avril 2018, a été validé le lancement d’un appel à projets pour l’installation d’un monument en hommage aux insurgés fusillés de septembre 1870, à Desclieux, à Fort-de-France. La consultation a été lancée le 19 mars 2019.

C’est le projet porté par l’artiste Christian Bertin, associé à l’architecte Christian Sainrimat qui a été retenu. Il s’agit d’une installation monumentale intitulée « 1870- 1871 » pour rendre hommage aux combattants de l’Insurrection du Sud, fusillés à Desclieux le 25 novembre 1871.

 

Commémorer Septembre 1870

Le 22 septembre 1870, prolongeant les luttes de nos ancêtres pour la liberté et la dignité, éclatait la grande Insurrection du Sud de la Martinique. Un millier d’hommes et de femmes ont brandi l’étendard de la révolte dans un puissant mouvement populaire qui remettait en question l’ordre colonial et la société post-esclavagiste de la deuxième moitié du XIXe siècle.

L’Insurrection de septembre 1870 a illustré avec force le courage, l’audace, l’esprit de sacrifice des insurgés, parmi lesquels les femmes et la jeunesse ont joué un rôle de premier plan. Elle a rassemblé, dans une même espérance, anciens esclaves, mais aussi Congos et Indiens nouvellement arrivés, préfigurant une première forme d’unité au sein de notre peuple.

Commémorer Septembre 1870 s’impose à nous comme une obligation morale afin de transmettre et de consolider les valeurs de liberté, de dignité, de solidarité et de don de soi portées par les insurgés, et qui incarnent des valeurs fondamentales pour l’humanité.

L’œuvre

Cette œuvre invite le visiteur à entrer dans son histoire et y être actif. Il pourra pénétrer au sein de l’œuvre, y exercer son regard, mais aussi se recueillir, réfléchir, car l’œuvre est avant tout commémorative. Il s’agit de se souvenir, d’appréhender un événement historique qui a ouvert une voie.

L’œuvre est composée de cinq tubes d’acier rouillés, de 60 cm de diamètre chacun, de 3 mètres de hauteur, implantés dans une dalle en béton de couleur terre. Ces cinq éléments émergeant de la terre et érigés vers le ciel, représentent les cinq doigts d’une main ouverte, tendue, qui communique, forge, résiste, se dresse, se soulève et se projette. Le geste est instinctif. C’est un geste de survie, mais aussi un geste d’action et de libération.

Le coutelas est placé au cœur de l’œuvre et traité de différentes manières.

Le fer, matériau porteur de mémoire et d’énergie, fait ici directement référence au ferrement, à tous les outils utilisés sur les champs de canne à sucre, aux pratiques magiques d’ensemencement de la végétation, aux fondements de la construction du bâtiment et de l’œuvre.

Sur l’un des tubes, oblique, positionné au centre de l’œuvre, le coutelas n’est pas présent. Il a été remplacé par une couronne en métal dont les motifs reprennent ceux de la feuille de ricin, présente dans les cataplasmes qui servaient à diagnostiquer la Blesse.

« 1870 – 1871 » prend place sur une dalle en béton qui cimente les cinq éléments soudés en une unité, sur laquelle le visiteur marchera. Cette dalle représente la paume de la main, celle qui rend possible les articulations et les actions de l’homme en prolongement de sa pensée.

L’œuvre propose implicitement au visiteur de s’interroger sur ses propres actions, sur sa propre inscription et sur son positionnement dans l’Histoire.

Deux bancs de couleur bleu indigo sont mis à disposition des visiteurs. Ils peuvent s’y installer pour se recueillir, contempler l’œuvre, se souvenir et panser les blessures de cette terre gorgée de sang, une terre porteuse de mémoire.