Souvenez-vous… le 11 janvier 1839!

Le 11 janvier 1839,  la Martinique connaît le tremblement de terre le plus violent de son histoire.

Ce matin là, aux environs de 6h00, les habitants de la Martinique éprouvent trois violentes secousses. Pour certains, la durée avoisine les 30 secondes ; pour d’autres, plus d’une minute voire deux.

Le tremblement de terre est ressenti dans tout l’arc caribéen avec des intensités variables, notamment à Sainte-Lucie, la Dominique et la Guadeloupe où il fait peu de dégâts.
Il est aussi perçu en mer : à Saint-Pierre, particulièrement sur les bateaux dans le port, mais aussi à bord du Princess Victoria situé à 300 miles soit 48,3 km au nord-est de la Barbade.

A Fort-Royal et à Case-Pilote, plusieurs témoins parlent de la terre qui se serait entrouverte en plusieurs endroits et qui aurait libéré des vapeurs sulfureuses et des cendres volcaniques. D’autres font part de plusieurs falaises qui se seraient écroulées en mer et en montagne. Certains écrits de l’époque décrivent un phénomène qui pourrait ressembler à un tsunami. PERAY indique que « la mer bouleversée se présenta dans une position déversante sur toute la ville et eut le temps de gagner dix à quinze mètres sur elle, mais, fort heureusement, le mouvement se fit en sens inverse… »

Pendant les 8 à 10 jours qui suivent, des répliques se produisent, parmi lesquelles celle de la nuit du 12 au 13 janvier et celles des 21 et 24 janvier 1839 qui sont perçues également en Guadeloupe.

2- Savane

Le séisme le plus dévastateur de l’histoire de la Martinique

Aucune zone de l’île n’est épargnée, même si le sud a moins souffert. Les dégâts sont estimés à 15 millions de francs de l’époque.

A Fort-Royal, les dégâts sont considérables. Selon Sainte Claire Deville « sur 800 maisons que comporte la ville, 600 sont complètement détruites, 200partiellement écroulées, 50 à 60 peuvent être habitées de nouveau ».
La quasi totalité des bâtiments publics est effondrée : l’hôtel du Trésor – terminé depuis trois mois -, la caserne de Gendarmerie, l’hôtel du Procureur Général, la Cour Royale, le Tribunal de Première Instance, le local du Conseil Colonial, les anciens magasins de la Marine, l’abattoir, la caserne d’artillerie, l’ancien magasin général et les arsenaux, les prisons, le théâtre, le nouvel hôpital – qualifié comme étant le plus bel édifice des Antilles –, ainsi que l’aqueduc approvisionnant la ville en eau…
L’hôtel du gouvernement à Bellevue est endommagé. Les murs de l’église – de près de 1m d’épaisseur – sont sillonnés de larges fissures. La croix gît à 15 m de l’édifice.

Le paysage est apocalyptique : les rues sont remplies de décombres de plus de 1m – voire 3 m – de hauteur sur lesquelles flottent des nuages de poussière noire.
L’ampleur des dégâts s’explique par le fait que Fort-Royal est construite sur un ancien marais et que les constructions n’ont ni pilotis ni fondements en pierre assez profonds. A l’époque, les maisons de maîtres étaient construites par assemblage de pierres et de mortier (mélange de cendres, sirop batterie, sable, chaux).

A Saint-Pierre, le quartier du Mouillage est particulièrement touché, de la Rue Lucy à la place du marché, où toutes les maisons, à l’exception de 2 ou 3 sont détruites. Le clocher du Mouillage est endommagé dans sa partie supérieure. Les chaînes tenant les réverbères se sont cassées.

Les autres communes sont touchées à des degrés divers, la majorité des maisons y étant construites en bois. Le bourg de Case-Pilote est totalement détruit. Le Robert, le François (plusieurs bâtiments détruits) et Rivière-Salée ont été rudement secoués. Les églises du Carbet, du Marigot, de Sainte-Marie et de la Grande Anse (actuellement Le Lorrain) sont très détériorées.
A la campagne, on constate l’effondrement de la majorité des établissements de pierre, des fours, des usines, des moulins,…

Le bilan humain

Les estimations varient selon les sources, de 300 à plusieurs milliers de morts, environ 4 000.
Ces différences peuvent s’expliquer d’une part, par le fait qu’à l’époque les esclaves, considérés comme des biens meubles, n’étaient pas pris en compte et d’autre part que, les autorités coloniales n’auraient pas voulu comptabiliser les esclaves dont la valeur marchande aurait susciter des demandes de dédommagement de la part des propriétaires.

Le Bulletin colonial du 26 février 1839 rapporte que « 700 cadavres appartenant à toutes les classes de la population étaient déjà, dans la journée du 11, déposés sur la Savane ».
Le Journal Officiel de la Martinique du 7 septembre 1839 fait état de 28 975 blessés.

Un grand nombre de familles dont les proches ont péri ou sont mutilés, se trouve totalement démuni. Des orphelins et des vieillards (hommes et femmes) restent sur les places publiques sans aucun moyen pour se refaire une case.

A Saint-Pierre : sur une population de 30 000 habitants, on compte 2 femmes décédées et 3 blessés. Plusieurs personnes sont grièvement blessées à Case-Pilote.
A la campagne, peu de victimes sont dénombrées sur les habitations.

500 soldats de la garnison, 500 matelots et la population sont réquisitionnés pour déblayer et extraire les victimes des décombres.

Arrêté_gouverneur

La prise en charge des sinistrés

Beaucoup de blessés doivent leur vie à la rapidité des secours.
Deux hôpitaux militaires ambulants sont établis dans la ville dont un au niveau de l’ancien hôpital. Les sinistrés bivouaquent sur la Savane et sur les places publiques sous des tentes faites avec les voiles des bateaux de la rade ; elles sont en nombre insuffisant pour abriter tout le monde alors que les conditions météorologiques sont défavorables (vent, pluie).
Dès le 13 janvier, des vivres, demandées à la campagne, commencent à arriver en ville ; dans l’intervalle, la Marine et le bureau de bienfaisance (disposant d’une somme de 12 000 francs) distribuent vivres et vêtements.
Par arrêtés des 14 mai et 29 août 1839, des commissions sont formées dans chaque commune pour identifier les victimes sans ressources, indiquer la valeur réelle des pertes, définir les critères et modes d’attribution et proposer les premiers subsides.

Au Journal Officiel de la Martinique du 7 septembre 1839, on apprend que 34 650 personnes ont perdu leur mobilier et que de nombreux créoles se retrouvent sans fortune.

Un devoir de mémoire pour un territoire résilient

Le séisme du 11 janvier 1839, rappelle l’importance de la construction d’un territoire résilient face aux risques majeurs. C’est pourquoi, la Collectivité Territoriale de Martinique fait de la prévention et la gestion des risques majeurs un enjeu prioritaire pour le développement durable de la société martiniquaise. Une dynamique a d’ores et déjà été impulsée par des actions concrètes comme la remise des kits d’urgence à la population, le village des risques majeurs, les journées Réplik, et la sensibilisation du personnel de la CTM.

En mars, sera mis en place un exercice Richter dans toute la Caraïbe. Il s’agira d’une simulation de séisme suivi d’un tsunami proche. L’objectif de cet exercice européen grandeur nature, co- financé par la Commission européenne, est de tester l’ensemble des chaînes opérationnelles, organisationnelles et de commandement de plusieurs pays des Antilles victimes simultanément d’un séisme de grande ampleur suivi d’un Tsunami, nécessitant la mise en œuvre immédiate de renforts des pays riverains et des États membres dans le cadre du mécanisme européen de protection civile.

Par sa violence et ses conséquences socio-économiques considérables, le séisme majeur du 11 janvier 1839 resta pendant longtemps un traumatisme pour les habitants et les autorités de l’île.