JEAN BERNABE, MET-A-MANYOK KREYOL, MONTE NAN GALLILE

Le monde la langue, de la littérature et de la culture créoles, le monde universitaire de Guyane, Guadeloupe et Martinique, sont en deuil. Jean Bernabé nous a quittés à l’âge de 75 ans.

Professeur émérite des Universités, Jean Bernabé luttait depuis plusieurs mois contre une maladie paralysante. Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université des Antilles et de la Guyane, agrégé de grammaire, Docteur d’Etat en linguistique, Jean Bernabé était particulièrement reconnu pour ses travaux sur la langue créole. Sa thèse s’intitule : « Fondal Natal : Grammaire basilecticale approchée des Créoles guadeloupéens et martiniquais » (L’Harmattan, 1983).

Fondateur du GEREC-F (Groupe de Recherches et d’Etudes en Espace Créole et Francophone), Jean Bernabé a été à l’origine de la création de la licence et de la maîtrise de créole à l’UAG. Avec Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau, il est cofondateur du mouvement littéraire de la Créolité, autour notamment de l’ouvrage publié en 1989 : « Eloge de la Créolité ».

Jean Bernabé n’oubliait pas non plus la formation des adultes en participant à la mise sur pied de l’UTL (Université du Temps Libre), sur le campus de Schœlcher.

Ecrivain, auteur d’essais, romans, articles de sociolinguistique et de littérature, son dernier ouvrage publié en 2016 s’intitule : « La dérive identitariste » (L’Harmattan). Jean Bernabé animait aussi une tribune : « Patriotisme, université et développement de nos pays ».

Jean Bernabé a été un militant infatigable de la langue créole. Nous retiendrons l’image de ce jeune linguiste, professeur, arpentant les allées du Parc Galliéni (actuel Parc culturel Aimé Césaire) à Fort-de-France, lors des Floralies de 1973, vendant son journal à la criée, un journal donnant à la langue créole ses lettres de noblesse. Ce travail et cet engagement n’étaient pas faciles à cette époque !

« Les langues ne disposent pas d’un procédé magique qui leur permettrait de créer instantanément et de toutes pièces des mots leur permettant d’éviter les emprunts à d’autres langues. L’emprunt est un phénomène linguistique naturel et il serait aberrant de le proscrire. Le problème n’est donc pas le fait de l’emprunt, mais son intensité et surtout son caractère unilatéral ».

Honneur et respect !

Sincères condoléances à la famille et aux amis de Jean Bernabé.

Marie-Hélène LEOTIN
Conseillère exécutive en charge de la Culture et du Patrimoine.