« Aux sources de la musique martiniquaise »:le nouveau numéro des Cahiers du Patrimoine

La collection « Les Cahiers du Patrimoine » vient de s’enrichir d’un nouveau numéro dont le thème traité est «Aux sources de la musique traditionnelle ».

« Les cahiers du Patrimoine » permettent notamment à l’enseignant d’effectuer une mise à jour de ses connaissances et de trouver les supports nécessaires à l’enseignement du patrimoine et à l’adaptation des programmes.

Découvrez ci-après l’éditorial d’André Lucrèce :

L’univers musical martiniquais est fait d’une plénitude de sens, de rythmes, d’harmonies puisées aux cultures vivantes mises en interrelation sur le sol du pays. La présence de ces cultures, les conséquences de leurs enchevêtrements, le travail d’épurement, la permanence des initiatives, souvent audacieuses, ont généré, dans le contexte sociétal des habitations-plantation ou dans l’émergence des villes, des réalisations turbulentes qui ont su peu à peu constituer  notre patrimoine musical.

L’écrivain et sociologue Jean Duvignaud a appelé cela la contamination qu’il décrit ainsi : « Plus insidieux et secrets sont les échanges d’un groupe à l’autre et d’une réciproque contamination, et les germes ne fécondent pas de manière identique la matière sociale : certains sont rejetés, suscitant des parades défensives (qui sont aussi une réponse), d’autres sont pieusement acceptés, d’autres surtout, intégrés, engendrent des mélanges, des métissages de formes ou de sensibilité ».

Notre musique est née de tous ces échanges, du désir d’enchantement du monde, de la nécessité vitale de créer librement, et bien entendu d’exprimer un talent. Nous avons voulu aller aux sources de ces enchantements musicaux nés de ce que nous appelons la créolisation, nous avons voulu porter un éclairage sur ces figures talentueuses des mornes et des villes qui ont ouvert des perspectives musicales sans cesse renouvelées, en gardant les sources patrimoniales de notre musique.

Le monde musical martiniquais est un monde de personnages tous aussi attachants les uns que les autres, hommes et femmes qui se sont distingués par leurs talents, par leur passion, par leur volonté. Car la vie d’un musicien n’est pas si simple, et si ces hommes et ces femmes ont su nourrir leur vie de leurs créations, ils devaient également nourrir leurs familles respectives, dans une société où la pratique artistique fut longtemps tenue comme une chose marginale, à peine tolérée pour les acteurs mâles. C’est dire que les femmes qui s’y risquaient étaient des personnalités de caractère.

Il fallait donc rendre hommage à tous ses artistes dans ce numéro qui n’est que le premier consacré à la musique martiniquaise en sa poétique fondatrice. Un second numéro sera en effet dédié à notre musique dans son rapport à la modernité.